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Interview de Dieter Küffer, gérant du fonds SAM Sustainable Water Fund
1. Bonjour Dieter. Pouvez-vous brièvement nous rappeler votre parcours ?
Dieter Küffer (DK) : "Bonjour. Je gère le fonds SAM Sustainable Water Fund depuis son lancement en 2001 et des mandats dédiés aux clients institutionnels. Avant de rejoindre SAM en 2001, j’étais responsable de l’équipe chargée des mandats actions gérés activement pour le compte de clients institutionnels suisses chez UBS Asset Management (Zurich). J’ai débuté ma carrière en qualité de conseiller financier chez UBS Private Banking. Enfin, je suis titulaire d’un diplôme fédéral suisse en spécialisation bancaire et du CFA."
2. Quel est pour SAM le lien entre développement durable et valeur financière ?
(DK) : "Nous sommes convaincus que les entreprises durables bénéficient :
-- de nouvelles opportunités d’investissement, qui se traduisent par un rendement des capitaux investis (ROIC) et un taux interne de rentabilité (TIR) plus élevés,
-- d’une gestion du risque plus performante, qui se traduit par une prime de risque plus faible lors de la levée de capitaux, et donc d’un coût moyen pondéré du capital (CMPC) plus faible,
-- de la combinaison d’un ROIC élevé et d’un CMPC faible, qui se traduit par une augmentation de la valeur intrinsèque."
3. Avant d’en venir à la conjoncture, pourriez-vous nous donner un descriptif de votre univers et de votre process d’investissement ?
(DK) : "Au sein de SAM, nous avons identifié les grandes tendances et évolutions macro-économiques et sectorielles qui influent sur le thème de l’eau que sont l’évolution démographique, le vieillissement des infrastructures, la qualité de l’eau et la santé et enfin les changements climatiques.
Sur la base de cette analyse, je privilégie les quatre principaux segments d’investissement qui devraient enregistrer une croissance soutenue au cours des prochaines années, soient : la gestion des systèmes d’approvisionnement, le traitement des eaux, l’eau et l’alimentation et enfin l’efficacité de l’utilisation de l’eau.
Aujourd’hui, 300 à 350 sociétés cotées jouent un rôle dans la chaine de valeur de l’eau. Toutes les équipes de SAM applique la méthode dite “ Best in Class ” afin d’identifier les entreprises leaders dans leurs secteurs. C’est à ce stade que SAM identifie son univers dit « d’investissement durable ». 200 sont intégrées à l’univers de l’eau, ces derniers répondants aux critères de SAM en termes de capitalisation boursière, de liquidité et de conduite en matière de durabilité. Les caractéristiques de durabilité des entreprises qui intègrent l’univers du fonds sont constamment analysées.
Par ailleurs, nous déterminons la valeur intrinsèque de chaque titre avec notre propre modèle d’évaluation : le « SAM DCF Model ». Ce modèle fonctionne en intégrant des critères de développement durable et des critères financiers. Il n’y a pas de filtre d’exclusion. Nous quantifions l’impact de chaque critère de développement durable (tendances en matière de développement durable, évolutions macroéconomiques, variables économiques, environnementales et sociales, et Profil de durabilité de l’entreprise) sur les critères financiers (croissance des ventes, marge opérationnelle, taux d’imposition fiscal, dépenses d’investissement, fonds de roulement, coût du capital).
Voici en détail notre processus d’investissement :

Au 31 décembre 2009, le portefeuille comptait 73 valeurs (50 à 80 en moyenne) pour un encours de 1,167 milliard d’euros. Le turn-over annuel moyen du fonds est de 100%. »
Voici le Top 10 du portefeuille au 31 décembre dernier :

4. Quelles sont vos allocations sectorielle, géographique et par taille de capitalisation à fin 2009 ?
(DK) : "Pour information, nous n’avons aucune contrainte sur ces trois types d’allocations par rapport à l’indice de référence (MSCI World EUR)"
5. Pour en revenir à l’actualité, quels sont les principaux points à retenir concernant vos investissements ?
(DK) : "Les marchés boursiers mondiaux bénéficient de taux d'intérêt bas et de l'amélioration des principaux indicateurs. La Chine a dévoilé un taux de croissance élevé du PIB en 2009 qui atteint 8,7% (8,9% au T3 et 10,7% au T4) et est le principal moteur pour les économies asiatiques, tandis qu'en Europe et Amérique du Nord, la demande intérieure commence seulement à redémarrer lentement.
Une « momentum » favorable pour les stocks d'eau nous est venu de Chine après que le gouvernement de Pékin ait annoncé une augmentation significative des prix de l'eau. Au mois de décembre 2009, tous les segments d’investissements et la majorité des sociétés au sein du portefeuille ont terminé en territoire positif. Par ailleurs, les valeurs exposées au marché chinois ont particulièrement bien performées."
6.Comment a réagi votre portefeuille et pouvez-vous nous citer quelques exemples ?
(DK) : "Le fonds SAM Sustainable Water Fund B EUR (part retail) a progressé de 8,78% en décembre tandis que l’indice MSCI World a progressé de 6,52%. Sur l’année 2009, le fonds a atteint une performance de 33,81% alors que le même indice atteint 25,94% (performances en euro).
Sur l’année et le dernier mois, le fonds a donc beaucoup mieux performé que les marchés actions internationaux. La principale contribution à la sur-performance a été notre forte exposition aux valeurs industrielles ainsi que notre sur-pondération aux compagnies asiatiques et exposées à l’Asie.
Au niveau des valeurs, les plus fortes contributions proviennent des compagnies asiatiques telles que Chaoda Modern Agriculture, Guangdong Investment et Epure International. Elles bénéficiaient d’une valorisation attractive et d’une exposition à la Chine. La société Pall, basée aux Etats-Unis, a bien surperformé après avoir publié des prévisions de croissance pour 2010 au-dessus des attentes, avec un plan très convaincant sur 5 ans pour améliorer ses marges. Cependant, certaines petites capitalisations ont fait moins bien que la moyenne.
Les sociétés américaines d'approvisionnement en eau restent surpondérées en raison de leurs évaluations attrayantes. Après l'accès de faiblesse de leur cours, leurs équivalentes britanniques semblent encore plus intéressantes et présentent actuellement une pondération neutre.
En décembre, le prix par action de Spice a chuté considérablement après que la compagnie ait passé une provision sur sa survaleur (goodwill). Comme leurs activités d'exploitation se portent bien, que leur valorisation reste attractive et qu’aucune nouvelle provision n’est prévu sur leur survaleur, nous avons saisi cette opportunité pour augmenter notre exposition à Spice. Cette société britannique fournit des services à des compagnies liées à l’eau et à l’électricité. "

(*Performances nettes annuelles en euros du 28/09/2001au 31/12/2009 - création le 28/09/2001)
Les performances passées de préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. La valeur des investissements peut varier à la hausse et à la baisse.
7. Quelles sont aujourd’hui vos perspectives ?
(DK) : "Au 31 Décembre, le P/E moyen du portefeuille du SAM Sust. Water Fund est de 15,14 fois pour 2010, tandis que la croissance à long terme du bénéfice net est estimé à 14,58%. Par conséquent, le PEG ratio anticipé est de 1,04 fois (1,72 pour le MSCI World).
Je surpondère encore les investissements exposés à la Chine. Le marché de l'eau en Chine devrait croître de 15% ces deux prochaines années, ce qui est nettement plus rapide que les marchés mondiaux. Toutefois, après le fort rebond des actions chinoises (ou exposées à la Chine), la sélection des titres est maintenant très importante. Dans le secteur des services aux collectivités, les entreprises américaines demeurent attrayantes et sont sur-pondérées dans le portefeuille. Récemment, la « British Water Authority OFWAT » a publié sa décision définitive concernant les prix de l'eau au Royaume Uni. Le rendement autorisé sur les actifs réglementés a été revu légèrement à la hausse par rapport à celui initialement proposé. Compte tenu de cette nouvelle réglementation, les services publics du Royaume-Uni sont plus attractifs et ont une pondération neutre dans le portefeuille. Au sein du secteur industriel, la sélection des titres devient de plus en plus importante et les entreprises cycliques sont sur-pondérées par rapport aux non cycliques."
8. Quelles sont les principales raisons d’investir dans le fonds SAM Sustainable Water aujourd’hui ?
(DK) : "Il y a cinq raisons d’investir dans le fonds SAM Sust. Water en 2010 :
-- Les macro-tendances de long terme accroissent et génèrent en continu des produits et services exposés au secteur de l’eau.
-- Les principaux relais de croissance sont les changements démographiques, les nouvelles infrastructures dans les pays en développement, le vieillissement des infrastructures dans les pays développés, les problèmes de qualités de l’eau et du changement climatique.
-- Les forts taux de croissance dans les pays émergents, surtout en Chine, en Inde et au Moyen-Orient.
-- La longue expérience de l’équipe sur ces différents sujets et son hétérogénéité.
-- La valorisation globale reste intéressante compte tenu notamment des taux de croissance et des opportunités que présente le marché. "
9. Enfin Dieter, quels sont les risques inhérents aux fonds et comment les gérez-vous ?
(DK) : "SAM Sust. Water Fund est soumis aux risques des actions internationales et au risque de change. Les valeurs associées aux actions internationales constituent une classe d’actifs volatile.
En tant que gérants, nous représentons un premier niveau de contrôle dans le cadre de la gestion des risques. Il est de notre responsabilité directe de maintenir la stratégie en ligne avec les limites d’investissement et les paramètres de risque spécifique. Nous contrôlons également la performance qui est mesurée mensuellement par le département Portfolio Analysis & Information.
Un second niveau de risque est effectué par le responsable de la gestion et le directeur des investissements (CIO), qui revoient la performance et les paramètres de risques de chaque portefeuille mensuellement. A un troisième niveau, le département de conformité sélectionne un certain nombre de portefeuilles trimestriellement, et en contrôle la conformité par rapport aux contraintes d’investissement.
Des contrôles de conformité Pre-trade sont automatiquement effectués via le module de conformité de Bloomberg POMS, assurant un reporting direct en cas de dépassement de limite. Les contraintes d’investissement sont en effet entrées dans le système, ne permettant pas, par exemple, de passer outre une contrainte d’investissement ferme. Enfin, un quatrième niveau de contrôle est effectué par l’administrateur des SICAV Luxembourgeoise de SAM (Julius Baer) qui, dans le cadre des fonds ouverts, vérifie la conformité de chaque transaction avec les contraintes d’investissement et le prospectus légal."

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