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Potentiel de hausse de certaines actions d'entreprises impliquées dans la marée noire

La fuite de pétrole dans le Golfe du Mexique a provoqué la sous-évaluation de certaines actions, explique Peter Csoregh, gestionnaire du fonds Robeco Natural Resources.

Tandis que le marché a essuyé plus de trois fois les dégâts maximums susceptibles de découler de la catastrophe du Golfe du Mexique d'après le cours des actions des entreprises impliquées, trois valeurs semblent "sous-évaluées, du fait des implications à long terme de la fuite de pétrole", selon Peter Csoregh.
La réalité navrante de la catastrophe n'est que trop connue maintenant. Le 20 avril, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, qui était exploitée par BP sur le site Macondo Prospect du Golfe du Mexique, a sombré dans près d'1,5 km d'eau après une énorme explosion.
Malgré des efforts désespérés pour contenir le flux, des centaines de milliers de barils de pétrole brut se sont déversés dans la mer, provoquant une catastrophe économique et naturelle en Louisiane et dans les états voisins.
Bien que BP et son PDG, Tony Hayward, aient fait la une de la plupart des journaux et subi la majeure partie des invectives, il ne s'agit pas de la seule entreprise impliquée.

Cinq entreprises sont impliquées dans le projet Macondo
La plateforme qui a coulé appartenait à Transocean, le numéro un mondial du forage en haute-mer, et elle était louée à BP jusqu'en 2013.
BP a deux partenaires dans le projet de forage Macondo : Anadarko, la première société de forage de pétrole et de gaz des États-Unis, a une participation de 25 % dans ce projet, tandis que Mitsui, la deuxième plus grande société commerciale japonaise, est impliquée du fait de sa possession à hauteur de 70 % de Mitsui Oil Exploration Co, qui a elle-même une participation de 10 % dans le projet. BP détient les 65 % restants.
Les autres entreprises impliquées sont Halliburton, le groupe de services pétroliers qui travaillait sur la plateforme au moment de l'accident, et Cameron, qui a fourni le bloc obturateur de puits défaillant supposé empêcher toute fuite de pétrole ou de gaz en cas d'urgence.

Les actions de ces cinq sociétés se sont effondrées
Le cours des actions des cinq entreprises a été sévèrement entamé depuis l'incident, notamment depuis que l'administration du président Obama a annoncé un moratoire de six mois sur les forages en eaux profondes. En effet, leur capitalisation boursière réunie a baissé de plus de 135 milliards de dollars US.
Il existe plusieurs manières intéressantes de relativiser cet état de faits. Tout d'abord, Exxon a fini par payer 4,3 milliards de dollars US (environ 7 milliards de dollars au cours actuel de la monnaie) suite à l'incident Exxon Valdez en 1989. Des millions de litres de pétrole s'étaient alors échappés du pétrolier qui venait de heurter un récif, et avaient eu de graves conséquences écologiques sur la côte de l'Alaska. Et ensuite, le revenu total de la sylviculture et de la pêche pour l'état de Louisiane avoisine les 600 millions de dollars US par an.
L'estimation la plus pessimiste formulée par M. Csoregh en ce qui concerne les coûts de nettoyage et autres responsabilités, telles que les amendes et les indemnisations, s'élève grossièrement à 40 milliards de dollars US. Elle se base sur les faits actuellement connus, en estimant un échec de tous les efforts déployés pour enrayer la fuite de pétrole avant une réussite de l'introduction de puits d'intervention, programmée pour le 20 août.

Le marché évalue les coûts d'un moratoire étendu sur les forages en eaux profondes
Alors, pourquoi le marché a puni les entreprises en leur imputant plus de trois fois les coûts totaux probables de la catastrophe ? C'est parce qu'il estime que les paiements pour le nettoyage et les dégâts ne mettront pas un terme à l'histoire. « Le marché est désormais en passe d'évaluer un scénario pessimiste dans lequel le moratoire sur les forages en eaux profondes se prolongera dans les années à venir », explique M. Csoregh.
Il pense toutefois que cela ne risque pas de se produire : « Les États-Unis ne peuvent tout simplement pas se le permettre », argumente-t-il.

Pourquoi les États-Unis ne peuvent pas se permettre un moratoire prolongé
Environ 25 % de la production de pétrole des États-Unis provient du Golfe du Mexique. Et, ce chiffre pourrait bien grimper jusqu'à 80 % d'ici à la fin de la décennie. Dans le même temps, quelques 60 000 emplois et environ 5 milliards de dollars US de recettes fiscales sont directement liés aux forages en haute-mer dans le Golfe du Mexique.
Remplacer cette quantité de pétrole par des importations étrangères augmenterait la dépendance américaine en termes de besoins énergétiques envers des pays supposés hostiles. Cela priverait également le gouvernement américain de recettes fiscales substantielles au niveau des états et du pays. Il n'est pas inutile de rappeler que seule la production de pétrole offshore paye des taxes fédérales.

L'issue la plus probable semble être une reprise pragmatique du forage
« Il est plus probable que le président Obama dise et fasse ce qui est politiquement nécessaire actuellement, c'est-à-dire remettre la production en route dans le Golfe du Mexique aussi vite que la réalité le permet », indique M. Csoregh.

Il voit trois conséquences principales à la catastrophe du Golfe du Mexique:

•    Des revenus plus élevés pour les entreprises de services pétroliers : les exigences réglementaires et techniques substantiellement accrues nécessiteront davantage de redondance et de plus grandes marges d'erreur. « Cela signifie que les entreprises de service seront en mesure de vendre plus de services et des équipements plus chers », remarque-t-il.
•    Des parts de marché plus importantes pour les plus grandes entreprises de services pétroliers : l'activité est prête à graviter vers de plus grandes entreprises ayant un historique prouvé dans le secteur des services et pouvant fournir une gestion de la production intégrée et un contrôle de la qualité.
•    La fin des petits producteurs pétroliers offshore indépendants : « Parmi les 20 entreprises environ qui exploitent le pétrole dans le Golfe du Mexique aujourd'hui, seules six sont susceptibles d'avoir la solidité financière permettant d'endosser les conséquences d'une marée noire », affirme M. Csoregh. L'une des conséquences est que la valeur des actifs pétroliers va chuter dans la région, résultant en une baisse de l'exploration et de la production.

Cumulés, ces développements sont en passe d'entraîner une hausse des prix du pétrole. Tandis que l'exploration et la production en eaux profondes devient plus onéreuse, il en est de même pour le pétrole en général.

Anadarko, Transocean et Halliburton ont un potentiel de hausse
La perspective à plus long terme semble toutefois bonne pour les plus grandes entreprises d'exploration et de production offshore telles qu'Anadarko, les plus grandes entreprises de services pétroliers comme Halliburton et les plus grandes entreprises de forage en eaux profondes telles que Transocean.
« Le cours des actions des trois entreprises a chuté jusqu'à des niveaux où les fondamentaux impliqués ont été déconnectés de la réalité, même en supposant l'issue la plus pessimiste à la catastrophe du Golfe du Mexique », indique-t-il, en expliquant que la perte de confiance actuelle est une opportunité. « Dans ce contexte, nous prévoyons une hausse de ces trois actions à moyen terme. »
Les entreprises citées sont des exemples qui n’ont qu’une valeur informative et ne constituent en aucun cas un conseil en matière d’investissement. Transocean, Anadarko et Halliburton étaient détenues par le fonds Robeco Natural Resources au moment de la rédaction de l'article, mi-juin. Peter Csoregh ne détient aucune position sur ces valeurs à titre personnel mais il investit dans le fonds.

 

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